Apéro-débat 16/01/19 Lorient – L’architecture avec ou sans architecte

Joli record d’affluence – plus de 90 personnes, dont une douzaine d’architectes – pour ce premier apéro-débat de la saison 2019 à Lorient, dans les locaux de l’association « Idées Détournées », qui nous accueille pour la troisième année consécutive, toujours un mercredi soir à partir de 18h30.

En partenariat avec la Ville de Lorient et avec, exceptionnellement, la participation de l’association lorientaise « J’ai Vu un Documentaire » pour la logistique cinématographique, la MAeB a proposé une séance autour du documentaire THE TOWER, A CONCRETE UTOPIA, un film des réalisateurs Sammy BALOJI et Filip DE BOECK, sorti en 2016.

Selon la fiche de présentation du documentaire :
Ce film nous convie à une visite guidée emmenée par le « Docteur », propriétaire et concepteur d’un bâtiment incroyable situé dans la commune de Limete, à Kinshasa (capitale de la République Démocratique du Congo). Imaginée et érigée par le « Docteur » sans l’aide d’aucun architecte professionnel, la construction de cette tour, jusqu’à présent inachevée, a commencé en 2003.
La visite, commentée par le « Docteur », de cette construction planifiée et énigmatique nous entraîne dans une réflexion sur l’héritage de l’architecture moderniste à Kinshasa, l’après social de l’infrastructure colonialiste, et les différentes visions utopiques de la ville, passées et contemporaines.
Dans cette optique, Baloji et De Boeck ne se contentent pas d’observer la dégradation des infrastructures coloniales, mais ils explorent aussi les directions dans lesquelles la ville continue de reformuler ces propositions antérieures et indiquent de nouvelles possibilités et ouvertures, ainsi que des visions alternatives utopiques par delà la destruction du tissu matériel urbain.

Cette très (trop peut-être ?) lente ascension de 70 minutes, en suivant, par caméra interposée, les pas et les propos répétitifs du « Docteur », vantant les qualités du béton et des châssis et portes métalliques qui participent au renforcement de la structure, nous entraîne depuis le rez-de-chaussée jusqu’au dernier niveau de cette tour dont la silhouette improbable s’affine dans les derniers étages, pour se conclure sur une sorte de belvédère ajouré offrant une vue à 360° sur la ville de Kinshasa, et au-delà du fleuve sur Brazzaville, une sorte de tour de contrôle complémentaire mise à disposition de l’aéroport proche, selon les projections utopiques du « Docteur ».
L’escalier en « va et vient », comme le répète à chaque niveau le « Docteur », très fier de la douceur de ses marches et du possible « petit repos » offert par les bancs en béton prévus à chaque palier, est le seul moyen d’accès aux différents étages de la tour. Pas d’ascenseur, sujet à pannes et dépendant des trop fréquentes coupures d’électricité, qui plongent quotidiennement la ville dans le noir, la majeure partie de la nuit.
Un programme élaboré, aux usages variés, superpose un centre de consultations médicales sur plusieurs niveaux, le logement du « Docteur », des bureaux, un restaurant, une école de pilotage…

L’ensemble est auto-construit et auto-financé par le « Docteur », le chantier se poursuit sans logique apparente, rien n’est fini, tout est en devenir : le revêtement des murs intérieurs en carrelage blanc très grossièrement posé, parfois partiellement, dans certaines pièces, les bancs et tables en béton, recouverts aussi du même carrelage blanc, les châssis métalliques sans vitrages, les panneaux solaires prévus sur les pentes de toiture pour faire de la tour un repère lumineux dans la ville.

Le bâtiment est-il déjà partiellement occupé ? Il semble que ce soit sommairement le cas pour quelques cabinets de consultations et le logement du « Docteur », en plein « grand nettoyage » le jour où la caméra a œuvré.
Sera-t’il terminé un jour ? Rien de sûr…! Aux dernières nouvelles, un fils du « Docteur » aurait pris la suite des opérations de construction depuis quelques temps.

A l’issue de la projection, un échange animé d’une demi-heure avec le public présent a eu lieu.
Les spectateurs se sont interrogés sur les motivations du « Docteur » : générosité du soignant, douce folie, utopie d’un bâtiment impropre à certains des usages imaginés, mise en œuvre parfois douteuse bien que non dénuée de connaissances constructives, installation artistique…

La discussion s’est prolongée autour de notre traditionnel apéro convivial.

4 mars 2019